Vendredi 6 août 2010

   La nuit des rois

Malolotja Reserve


 Itinerrant -   6 août 2010


Bon, j’ai finalement décidé de passer par où je voulais passer ; comptons sur notre bonne étoile, on verra : si des problèmes se présentent, on avisera en chemin. La route est excellente jusqu’à la bifurcation pour Barberton (nous ne nous arrêtons pas), ensuite elle reste très bonne mais commence à grimper et à sinuer furieusement jusqu’au poste frontière de Jozefsdal. J’ai une petite frayeur lorsque je vois un panneau End of tar road 400m, mais il doit s’agir d’une ancienne indication car la route de bon bitume neuf continue. Le relief s’accentue et nous sommes maintenant dans un paysage de moyenne montagne. De façon insolite, c’est sur du Lady Gaga qui passe à la radio actuellement que nous arrivons, par une route sauvage et peu fréquentée, en vue de notre prochain pays : le Swaziland. Passage de frontière en deux temps : d’abord quitter l’Afrique du Sud, ensuite entrer au Swaziland. Pas de chance, un car d’Américains passe juste avant nous et ça prend un peu de temps ; en-dehors de ça, aucun souci. Première étape, côté sud-africain, un gars un peu sérieux s’occupe de nous mettre en rang et en groupes pour entrer nos données dans le système informatique et faire tamponner notre passeport ; il se détend et nous salue lorsque nous quittons son pays. Seconde étape, côté swazi, c’est déjà plus rustique : inscription manuscrite dans un registre (d’où venons-nous ? où allons-nous ?). La douanière nous propose d’acheter une espèce de set de table qui semble avoir été confectionné au crochet ; nous déclinons poliment.

La rusticité continue ensuite : la route est de bien moindre qualité. La première localité est Bulembu, des habitations colorées grimpent à flanc de colline. Nouveau panneau End of tar road 150m : mince, cette fois-ci c’est vrai et nous voyons le noir de la route goudronnée disparaître dans le rétroviseur tandis que le rouge de la piste en latérite remplit le pare-brise. Un security check-point se profile ; deux gardes débonnaires prennent note de nos coordonnées et nous laissent passer sans difficulté.

C’est peu de dire que la piste est difficile : elle est horrible. Ai-je fait le mauvais choix ? Pentes raides, parfois en dévers, ornières impressionnantes, nids-de-poule énormes, cailloux acérés ... C’est beaucoup pour notre camping-car qui n’est pas fait pour ça. Pas vraiment de grosse inquiétude toutefois (au pire on fait demi-tour), mais je crains tout de même un peu de crever un pneu, ou pire. Nous croisons ou nous nous faisons dépasser par de gros tracteurs et des camions forestiers. Il nous faut plus d’une heure pour couvrir les 15 km qui séparent le poste frontière de la première localité, Piggs Peak. Là, c’est avec bonheur et quand même un peu de soulagement que nous retrouvons une route goudronnée en pas trop mauvais état, et sur le côté, les premières échoppes dont une "For Used Tires"...sans blague ! Les enfants sur le bord de la route, parfois les adultes, nous saluent. Les petites et jeunes filles ont curieusement toutes les cheveux ultra-courts. La route est bonne jusqu’à la réserve de Malolotja, où nous décidons de nous arrêter.

Les formalités accomplies, il nous reste encore un peu de temps pour visiter la réserve. Au début, deux lignes de blocs de béton matérialisent la piste et permettent de rouler assez convenablement. Par malheur, ce dispositif s’interrompt rapidement et nous voilà de nouveau sur une vraie dirt road. Les pistes ici ne sont pas celles du Parc Kruger : étroites, poussiéreuses, caillouteuses et passablement défoncées. Nous n’avançons pas vite ; le soleil, quant à lui, décline à toute allure. Les filles sont secouées (depuis l’entrée au Swaziland, d’ailleurs), mais elles n’ont pas l’air de s’en émouvoir. Quelques rapides photos d’antilopes et au point de vue (magnifique cependant) ..., et nous faisons demi-tour en direction du campement de la réserve.

Malheureusement, il n’y a pas d’électricité ici, ce sera donc notre premier bivouac en autonomie. C’est évidemment le moment choisi pour que notre réserve de gaz s’épuise ... Théoriquement, il suffit d’intervertir la bouteille vide avec celle de réserve. Mais c’est sans compter l’incurie de notre loueur. La vis du détendeur est tellement serrée sur le col de la bouteille que je ne parviens pas à le dégager. Je pense trouver une clef dans la trousse à outils du camping-car : c’est trop espérer ; il n’y a qu’une petite pince qui ne s’ouvre même pas assez pour tenir le pivot. En désespoir de cause, TT appelle un des rares voisins à la rescousse et c’est un homme providentiel qui se présente. Il arrive avec une trousse à outils impressionnantes. Après quelques efforts, sa clef vient à bout de la vis du détendeur et nous pouvons intervertir les bouteilles. Lors de l’ouverture de la valve, une fuite de gaz se fait sentir. Redévissage. L’homme nettoie les pas de vis encrassés de la bouteille et du détendeur à l’aide de lubrifiant (j’apprends plein de choses évidemment). On remet le tout, ça fuit de nouveau. L’homme suspecte le joint ; me dit qu’il en a de rechange (!), revient avec iceux, les enfile sur le pas de vis, remet le tout en place : re-fuite. Cette fois-ci c’est sûr : c’est la valve qui est défectueuse ! Ce crétin de loueur n’a pas vérifié ses bouteilles. Nous voici bien marris. Qu’à cela ne tienne, l’homme nous prête sa propre bouteille ! En deux temps, trois mouvements c’est monté et ça fonctionne. Nous allons grâce à lui pouvoir manger chaud ce soir. Nous le remercions chaleureusement (c’est le cas de le dire). Il nous indique qu’il reprendra sa bouteille demain matin, de façon à ce que nous puissions tout de même faire chauffer le lait des filles. La nuit s’annonce froide, c’est donc un réconfort.

Nous préparons rapidement une soupe bien chaude, des pâtes avec quelques tomates et le reste de poulet du KFC (ce dernier sonne plutôt incongru vu l’endroit sauvage où nous nous trouvons) que nous mangeons dehors, sur une table en pierre, emmitouflés dans nos vêtements d’hiver. Ensuite autour du feu que nous avons mis à ardre, un bon feu bien vif et réconfortant, nous passons la soirée à écouter les filles chanter leurs comptines, à chanter avec elles. Nous sommes au milieu de nulle part, quasi seuls, sous le ciel étoilé du Swaziland. Une fameuse soirée vraiment, extraordinaire et mémorable, qui justifie à elle seule le voyage et ses rudesses.

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