Mercredi 23 avril 2008

   Émotions

Kingman - Seligman - Grand Canyon National Park


 Itinerrant -   23 avril 2008


Aujourd’hui c’est plutôt une journée de transition. Il est midi lorsque nous démarrons du KOA de Kingman, en direction du Grand Canyon. Le chemin est long et nous voilà sur ces fameuses routes rectilignes des (dizaines de) kilomètres durant. Je pensais que ça m’ennuierait, mais en fait pas du tout : notre véhicule est gratifié d’une tenue de route tellement médiocre que je suis tout le temps occupé à le remettre dans le droit chemin. En revanche, en ce qui concerne les vitesses autorisées, elles ne sont pas si limitées que cela : sur ce qui ressemble à une nationale, on peut souvent rouler à 65 mph, parfois même 75. De temps à autres, nous apercevons un train, souvent très long et tracté par plusieurs locomotives, roulant lentement.

Vers 13h30, il ne nous reste plus qu’1/4 du réservoir de carburant, et nous faisons halte à Grand Canyon Caverns Inn, une station-service/motel/store assez isolée sur la route. J’ai appris ma leçon en ce qui concerne la prise de carburant et cette fois-ci tout se passe bien. Je mets tout de même pour 150$ de pétrole raffiné dans le bestiau, pour environ 40 gallons (soit 150 litres !). Bon d’accord, le réservoir n’était pas plein au départ, mais j’ai bien l’impression qu’il va falloir compter avec un budget essence non négligeable.

Le Grand Canyon Caverns Inn
Le Grand Canyon Caverns Inn

Une demi-heure plus tard, nous arrivons à Seligman, petite bourgade un peu perdue au milieu de nulle part. En fait pas vraiment, car j’ai oublié de dire que nous sommes actuellement sur la mythique Route 66, the Mother Road ! Et tout est là pour nous le rappeler : enseignes, vieilles échoppes, vieilles voitures, stations de radio,... so get your kicks, on route 66... C’est un peu désuet, limite délabré, en tout cas très nostalgique.

A Seligman
A Seligman
A Seligman
A Seligman
A Seligman
A Seligman
A Seligman
A Seligman

Nous cherchons à manger et nous tombons dans un sympathique établissement qui vivote, lui aussi, sur le souvenir de jours meilleurs. Le type se met au fourneau sur notre commande : il n’y a personne d’autre, nous sommes ses seuls clients. Il propose un curieux assortiment de plats américains et asiatiques, sans que la différence soit clairement établie sur la carte. TT commande un pepper steak et reçoit... un émincé de boeuf en sauce accompagné de riz ; pour ma part, je commande un buffalo burger et je reçois... un simple hamburger ; les deux grandes commandent un hot-dog et reçoivent... un pain avec une saucisse qui ne ressemble pas à celles dont on fait les hot-dogs... Comme boissons, nous avons commandé des thés thaïs : nous avons la surprise de le recevoir froids avec lait et sucre. Pendant notre repas, un type se pointe, un client non pas, mais un fournisseur d’articles... Route 66 ! Notre hôte choisit, discute... Même sur ce thème rebattu il y a des nouveautés... Au moment de payer la note, il offre aux filles des bâtons de candi.

A Seligman
A Seligman
A Seligman
A Seligman
A Seligman
A Seligman
A Seligman
A Seligman

Au sortir du restaurant, nous faisons un petit tour dans Seligman... c’est vite parcouru ! Une rue principale, quelques enseignes, des voitures abandonnées ou décorées. Quelques photos, il est 16h15, nous repartons. Arrivés à Williams, nous bifurquons vers le Grand Canyon, où nous arrivons vers 18h. On s’installe au Mather Campground qui ne dispose pas de branchements, ni pour l’eau ni pour l’électricité. Bon, on va vivre sur notre autonomie, j’espère que ça suffira. Le soleil n’est pas encore couché, et j’ai bon espoir d’encore voir ce fameux canyon aujourd’hui. On se dépêche pour habiller les filles chaudement car il fait très frais : nous sommes en effet à plus de 2000 m d’altitude. On dévale le chemin vers la route principale, un bus arrive, on court pour l’attraper à l’arrêt. Avisant la poussette où sont assises L et T, le chauffeur fait grise mine :

— "We’re on a very tight schedule, Sir... Where are you going to ?"
— "Yavapai Point"
— "You’re not gonna make it before sunset" me dit-il en me claquant la porte au nez, puis il redémarre, nous laissant bien marris sur le bitume.

Nom de Zeus, il ne sera pas dit que nous n’aurons pas essayé d’y aller quand même. J’ai un plan, mais je ne suis pas encore familiarisé avec la disposition des lieux. Bref je pars dans le mauvais sens, me ravise, trouve enfin la bonne voie. Il y a un peu plus d’1 km jusqu’au bord du canyon, on passe à travers bois. Et on y arrive ! Malheureusement un peu trop tard, le soleil est déjà couché.

Arrivée au Grand Canyon
Arrivée au Grand Canyon
Grand Canyon, le soir
Grand Canyon, le soir

Ouch comme on dit, c’est tout de même le choc. C’est tout bonnement grandiose. Une légère brume fond les différents plans qui se succèdent. Comme le soir tombe, les couleurs ne brillent pas mais l’effet de profondeur et d’ampleur est indéniable. Les filles sont contentes également, nous nous réjouissons de profiter de ce spectacle demain, en pleine lumière. Encore faut-il y arriver. Car entre-temps, l’obscurité augmente. J’ai voulu rejoindre Yavapai Point à pieds, environ 2 km, et la nuit est close lorsque nous y arrivons. Personne à l’arrêt de bus. Y en a-t-il encore ? Je demande à un automobiliste si nous sommes au bon endroit. Il me répond qu’oui, mais qu’un bus vient de passer et que nous devrons donc attendre. Il me propose de nous conduire, mais il n’y a pas de place pour nous tous dans sa voiture. Il fait froid, on serre les filles contre nous. Pour tromper l’attente, j’improvise une séance multimédia sur l’écran de l’appareil photo. Finalement le bus arrive. J’espère que c’est le même chauffeur que tout-à-l’heure, histoire de lui dire ma façon de penser, mais non. Quelques arrêts, et il faut changer de bus. Heureusement, nous n’attendons pas longtemps cette fois.

Dans le bus
Dans le bus

Arrivés au campground, il fait noir comme dans un four, notre chemin n’est pas éclairé. Bien sûr, en parents responsables et en voyageurs aguerris, nous avons pris une lampe de poche ; seulement, d’une façon plus modeste, il faut bien avouer que nous l’avons laissée dans le camping-car... Les filles sont vraiment super, lorsque je leur demande si elles ont peur, elles répondent courageusement que non, toutes les deux, malgré l’heure tardive, l’obscurité, les bruits de la forêt. T, elle, dort tranquillement dans le porte-bébé fixé aux épaules de TT. Bref, c’est à la lueur des phares des quelques véhicules qui nous dépassent que nous nous repérons, et nous finissons par arriver au but sains et saufs. Je prépare aux filles un repas qu’elles aiment bien : des oeufs ; TT et moi nous partageons les restes de la veille. Tout cela nous remet de nos émotions, les positives comme les plus délicates.

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